pourquoi nous les Français faisons des grèves.

Tariq Ali, les banlieues, le mouvement contre les retraites
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quelques uns de nos lecteurs se demandent toujours pourquoi cette anormalité des Français, les grèves, la protestation sociale, les manifs. La semaine dernière un ami de Natal, Brésil me disait "Mais vous les Français, vous ne voulez vous accepter que l'age de la retraite augmente de seules 108 semaines, vous êtes fous ou hors de la réalité". Voici les chiffres de l'INSEE, commentés par Mediapart.

Emploi, chômage...
 
  • En 2009, la France a connu «le plus fort recul de l'activité» depuis 1945: le PIB a reculé de 2,6%. Conséquence: de nombreux emplois industriels ont été détruits. Le coup de grâce d'une longue phase de désindustrialisation: depuis 2005, 447.000 emplois ont disparu dans l'industrie, dont plus de la moitié (258.000) depuis 2008.
 
  • 2,6 millions de personnes étaient au chômage fin 2009, soit 9,1% de la population active. 1,4 million de personnes travaillent moins qu'elles ne l'auraient souhaité (elles sont en situation de «sous-emploi»). 800.000 personnes souhaitent travailler, mais ne sont pas comprises dans les statistiques du chômage. Au deuxième trimestre 2010, quatre demandeurs d'emploi sur dix sont des chômeurs de longue durée (plus d'un an). La dégradation a été fulgurante: ce n'était “qu'” un sur trois début 2008. Si l'emploi semble redémarrer (+44.000 emplois créés au troisième trimestre 2010), l'hémorragie industrielle continue. Et l'amélioration restera lente: si l'emploi a été soutenu en 2009 par les emplois aidés, leur nombre va être diminué à partir de 2011, austérité oblige.
 
  • Le chômage des jeunes à «un niveau historique». C'est du jamais vu depuis 1975. Fin 2009, le taux de chômage des jeunes a atteint 23,7%. C'est 6,4 points de plus en 18 mois. Mieux: quatre chômeurs sur dix ont moins de trente ans. Les plus touchés: les moins qualifiés et les hommes, davantage représentés dans l'industrie et désormais moins diplômés que les femmes. Un chiffre à relativiser toutefois: une grande partie (environ 15%) fait des études... Le diplôme continue de protéger (relativement) les jeunes du chômage: la moitié des jeunes sans diplôme sortis du système éducatif depuis un à quatre ans sont au chômage (contre seulement un jeune diplômé du supérieur sur dix), et plus de quatre sur dix exercent un métier précaire (deux diplômés du supérieur sur dix). Or 10% des jeunes continuent chaque année de sortir sans aucun diplôme du système éducatif.
 
  • La crise a encore aggravé l'écart de chômage entre cadres et ouvriers : 20% des ouvriers non qualifiés sont au chômage... contre seulement 4% des cadres.
 
  • Un salarié sur deux seulement travaille à temps plein. Avec la crise, le nombre d'emplois à temps partiel a fortement augmenté (de 16,7% fin 2008 à 17,8% fin 2009). Le temps partiel est aussi de plus en plus subi: dans un cas sur trois, la personne souhaiterait travailler plus. Une conséquence de la crise, qui ne fait qu'aggraver une situation prééexistante. Résultat: 7,5 millions de salariés ont gagné moins de 9000 euros en 2008. Et pour eux, peu de chances de sortir de la précarité, dit l'Insee: dans le quart des salariés ayant les plus faibles revenus salariaux en 2005, seuls 18% travaillaient trois ans plus tard «de façon continue». Les autres étaient au chômage ou avaient des carrières très chaotiques...
 
Revenus, salaires, niveaux de vie...
 
  • Malgré la crise, la consommation des ménages a «résisté» en 2009, et globalement continué d'augmenter (+0,6%, après une hausse de 0,8% en 2008). Mais cette hausse doit être nuancée. Car si les Français ont acheté plus de voitures (prime à la casse oblige) et profité de la baisse des taux, ils ont restreint leurs achats d'habillement, d'équipement de la maison, leurs dépenses de transports, la facture au restaurant, etc. Le taux d'épargne des ménages (16,2%) est au plus haut depuis dix ans, signe d'une «prudence» face «à la dégradation du marché du travail», dixit l'Insee.
 
  • Les loyers (logements sociaux, locatif privé). Ils ont augmenté pour tous les ménages entre 1996 et 2006. Mais pour le tiers le plus modeste des ménages, ils ont flambé. Alors qu'il représentait un tiers (34%) de leurs dépenses mensuelles en 1996, le coût du loyer pour eux flirtait en 2006 avec les 40% (39%). «On atteint des ordres de grandeur extrêmement important», estime Stéfan Lollivier, directeur des études sociales et démographiques de l'Insee. L'essentiel de cette hausse est évidemment due à la hausse des prix, en tout cas dans le locatif privé. Pendant ce temps, la facture énergétique des ménages est restée stable. Résultat: pour les plus modestes, les dépenses «pré-engagées» (dont ils ne peuvent se passer) ne cessent d'augmenter... surtout lorsqu'ils habitent hors des centres-villes, ce qui est d'autant plus le cas avec la progression de l'étalement urbain.
 
  • Un Français sur deux vit avec moins de 1580 euros par mois (revenu, mais aussi ressources éventuelles du conjoint, etc). Les 10% les plus modestes vivent avec moins de 876 euros. Les 10% les plus riches avec plus de 3000 euros. Les revenus moyens des 1% les plus riches augmentent plus rapidement que le reste de la population. Les 20% les plus aisés ont un niveau de vie “brut” 7 fois supérieur aux plus modestes. Une fois les transferts sociaux (allocations, impôts...) pris en compte, ce rapport passe de un à quatre.
 
  • 7,8 millions de personnes vivaient en 2008 sous le seuil de pauvreté (950 euros par mois), soit 13% de la population. La pauvreté touche une famille monoparentale sur trois.
 
  • Grâce à un nouvel indicateur moins restrictif que la seule pauvreté monétaire définie par un seuil de revenus, («la pauvreté en conditions de vie), l'Insee estime que plus d'un Français sur cinq a connu entre 2004 et 2007 une période de pauvreté, pendant laquelle il a connu des difficultés de conditions de vie qui caractérisent la pauvreté: difficulté à se loger, découverts à la banque, retards de paiement des factures, difficulté pour se vêtir ou acheter à manger, logement sans eau chaude ou sans toilettes à l'intérieur...  
 
  • A cause de la récession, de la hausse des prix du pétrole et des denrées alimentaires, le revenu disponible des ménages n'a augmenté que très faiblement (+1%, à comparer à +3,2% en 2008 et 5,2% en 2007). Mais l'inflation ayant été très modérée, l'Insee affiche une «progression du revenu disponible brut des ménages» de +1,6% en 2009. Une hausse du pouvoir d'achat, d'ailleurs «très faible», qui ne veut pas dire grand-chose, admet l'Insee: «La réalité des situations individuelles est plus variée.» «Un tiers des Français a le sentiment que son niveau de vie diminue», explique Jean-Philippe Cotis, directeur général de l'Insee.
 
Qualité de vie et «tensions entre groupes ethniques»
 
  • «Mauvaise coexistence ethnique». Pour la première fois, l'Insee tente de la mesurer. Calcul difficile, qui repose sur des considérations objectives (conditions de vie, santé, éducation) autant que subjectives (conditions de travail, sentiment d'insécurité physique ou économique...). Premiers enseignements: plus on est pauvre, plus les conditions de vie sont difficiles (on s'en doutait)... Mais si on les compare aux résultats dans les autres pays européens, ces résultats donnent tout de même des indications précieuses. Ainsi, les Français se disent plutôt satisfaits de leurs conditions de vie et de leurs niveaux de vie –  ils ne sont pas dans le peloton de tête pour autant. En revanche, la France est un des pays dont les habitants perçoivent le plus de «tensions entre groupes ethniques ».
 
  • L'emploi des enfants d'immigrés. C'est une statistique qui en dit long sur la relégation de certains citoyens dans la République: le taux d'emploi des Français enfants de parents immigrés du Maghreb (de la «deuxième génération») est 20% inférieur à celui de Français nés de parents français (voir tableau ci-dessous). Parce qu'ils seraient moins diplômés? Oui, car l'écart diminue quand le diplôme augmente. Mais «les différences de niveau d'études et d'expérience ne permettent de comprendre qu'environ un tiers» de l'écart, le reste s'expliquant soit par une «discrimination», soit par un déficit de «réseaux professionnels» ou de «capital culturel». Pour les femmes, l'accès à l'emploi est encore plus difficile que pour les hommes. Il existe également une différence dans le taux d'emploi entre Français nés de parents français et Français nés de parents immigrés d'origine d'Europe de l'est, du nord et du sud, mais il est moins marqué.
 
 
  • La France continue à faire beaucoup d'enfants, 820.000 par an. Pour l'instant, la crise ne semble pas avoir eu d'effet sur les naissances, indique l'Insee. Une rareté en Europe... Enfin une bonne nouvelle!